Je me suis investi totalement et tout seul dans la fabuleuse aventure de la SPIRALE. Je ne me suis jamais soucié de prévoir ni de savoir à quel port je vais débarquer. D'ailleurs, je n'ai jamais débarqué nulle part. Je suis ici dans mon pays et dans tous les coins du monde. J'ai toujours été en voyage, en quête de nouveautés. La création permanente est une odyssée sans escale qui se poursuit à travers de multiples écueils ( des orages, des tempêtes, des tornades, des ouragans, des tourments ) et de toutes sortes de dangers imprévisibles, en dehors de quelques rares plages de bonheur illusoire. Souvent, le créateur traverse un immense désert où il découvre soudain l'intensité et la beauté de la solitude autant que la plénitude du silence, en marge des clichés, des stéréotypes, des paysages stériles et des formules usées, périmées, sclérosées.
Les authentiques créateurs, artistes et écrivains, produisent toujours à partir de leurs émotions profondes et des battements de leur musique intérieure. Toute vraie création est d'abord spécifique, personnelle, subjective, avant de tendre, de s'étendre et de prétendre à l'objectivité et à l'universalité. En dehors de ce voeu, souvent difficile à réaliser, l'oeuvre se réduit à un vulgaire procès-verbal inesthétique. Je n'ai jamais eu la prétention d'être un historien, un chroniqueur, un sociologue, ni un anthropologue. Toutefois, j'ai la pathétique conscience d'avoir produit, dans un contexte exceptionnel et douloureux, une oeuvre artistique et littéraire avec une dimension novatrice incontournable. Au fil du futur, le destin de mon oeuvre ne dépend ni de moi ni de personne. Tout simplement, j'assumerai jusqu'au bout ma folie créatrice et ma sublime solitude.