EXTRAIT
Une rumeur persistante courait depuis quelques jours. Selon celle-ci, une grève dans le secteur du transport était en préparation. On disait que c'était pour le lundi suivant, mais Luis ne savait pas si tout ceci était fondé. Lorsqu'il en avait eu les échos pour la première fois, il s'était dit qu'il allait vérifier tout cela auprès d'un taximan la prochaine fois qu'il emprunterait un taxi. Pourtant, le jour où il eut cette occasion, il manqua de peu ne pas le faire. Il se rendait à un rendez-vous entre son grand-frère et lui au centre-ville de la cité capitale Yaoundé, et l'idée de s'informer à propos de cette éventuelle grève lui était sortie de la tête depuis un certain temps. Ce qui lui permit de s'en rappeler ce fut le fait que, justement, le sujet de la conversation dans le taxi entre les différents passagers était cette grève à venir - car il était désormais avéré qu'elle aurait lieu.
- Combien de temps va-t-elle durer, cette grève ? s'enquit-il alors auprès du taximan au détour d'un bref moment de silence.
- Ceci dépendra du gouvernement. Si comme nous commençons lundi matin, le soir il nous donne une bonne solution à nos préoccupations, dès le lundi soir, nous pourront nous remettre au travail...
Après cette réponse qui le satisfit largement, Luis se tut bien que la conversation se poursuivît sur le même sujet entre les autres passagers et le taximan. Il apprit ainsi qu'en dehors du prix élevé du carburant, l'autre raison majeure de la grève à venir était le montant de l'amende à payer pour rentrer en possession d'un véhicule saisi par les services de la voirie municipale.
Le lendemain était lundi. Avant de mettre le nez dehors, Luis s'informa de l'état de la circulation des taxis auprès de l'un de ses voisins de la cité universitaire avec qui il partageait la salle de bain.
- Il n'y en a même pas un seul qui circule, lui dit-il.
Luis avait un programme de sortie ce matin-là, il dut donc l'annuler [...] Autour de midi ce jour-là, il entendit pour la première fois des échos d'émeutes à Douala. Inquiet, il interrogea quelques voisins qui le lui confirmèrent.
DESCRIPTION DU RECUEIL DE NOUVELLES
Jours de paix est un recueil de nouvelles qui plonge le lecteur dans le vécu quotidien des camerounais vu sous un angle socio-politique, et toujours avec un réalisme saisissant. Ainsi, à travers six nouvelles - Une certaine famille, L'enfer ou un certain paradis, Jour des corps sains, Jours de paix, J'ai eu le bac !, L'abus -, l'auteur nous permet de vivre l'environnement pour le moins particulier d'une élection présidentielle au Cameroun (L'enfer ou un certain paradis) ou encore le destin rêvé d'un jeune camerounais après l'obtention du baccalauréat (J'ai eu le bac !) et même l'ambiance délétère des événements de fin février 2008 au Cameroun qui rappelleraient quelques terribles souvenirs aux lecteurs ayant vécu l'époque des opérations villes mortes de 1991...
Ce recueil de nouvelles constitue le second volet du projet littéraire intitulé KAMEROONIDOSCOPE dont l'objectif modeste est de présenter les camerounais et le Cameroun Urbi et Orbi (à la ville et au monde) dans une sorte de fresque sociale littéraire. Le premier volet de ladite fresque est intitulé Les âmes tourmentées.
BIOGRAPHIE DE L'AUTEUR
Martin Méngué est un enseignant et écrivain camerounais né à Makak (actuelle Région du Centre) en 1985. Il est l'auteur du recueil de nouvelles intitulé "Les âmes tourmentées" (Editions SOPECAM, 2009; Kindle Direct Publishing, avril 2021 [réédition complétée]), du roman "L'argent, le pouvoir et les compromissions" (Kindle Direct Publishing, juin 2020) et du roman "Le monastère des âmes perdues" (Kindle Direct Publishing, janvier 2021). Professeur des lycées spécialisé en Sciences de la Vie et de