Il n'est rien de plus fragile que le moment où l'on commence une oeuvre . L'écrivain veille au seuil du monde, il apprend à reconnaître, dans un frémissement de voyelles et de consonnes, la venue discrète de ce qui veut naître par lui, l'accoucheur . " Soldat de Plomb ", " Les Clairières de L'Âme " ne sont pas des récits comme les autres, qu'on aligne machinalement, mais des pas qu'on pose avec précaution, sous le murmure du feuillage, dans un sous-bois . Souvent, l'inspiration, lente à surgir, vient d'une source cachée qui naît dans des zones d'ombre, loin de l'agitation, là où l'âme consent à se taire . Il y a dans la création ce rythme qui échappe au temps des horloges . L'oeuvre mûrit lentement, comme un arbre en croissance . L'histoire parle d'une patrie intérieure qu'on porte en soi si elle se fait trop lointaine, qui palpite dans la fidélité au souvenir, la douleur d'une séparation, la beauté fugace d'un amour d'enfance ou d'un secret partagé . Face au trésor oublié de ceux qui sont passés par ce domaine invisible sans le voir, l'auteur se tient seul, à la recherche d'une vérité qui l'attend peut-être ailleurs ? Face à lui-même ?