Les européens qui, jusqu'alors, avaient fait la partition du monde et s'étaient donnés les moyens pour leur expansion, se retrouvent devant une civilisation antique qui, bien qu'ouverte et hospitalière, ne se laisse pas dicter des leçons. Sur ce plan, les chinois regardent l'avancée expansionniste des occidentaux, et plus précisément des portugais, comme un essai de pénétration qui risque de s'achever en conquête et en domination, comme ce fut le cas sur les côtes d'Afrique, des Indes et à Malaca. La mission commence en Chine en 1289 avec les missionnaires franciscains. Elle a comme pionnier Jean de Monte-Corvino, qui est envoyé par le pape Nicolas IV, avec des lettres au souverain mongol. Sous l'initiative du pape Clément V, il est rejoint en 1308, par des confrères franciscains. Malheureusement, en 1368, leur travail est balayé par la dynastie Ming. Bien que le pape Alexandre VI confie en 1493 l'Orient et l'Extrême-Orient aux portugais, il y aura comme un vide de près de deux siècles. C'est après cette traversée de désert que la Compagnie de Jésus renoue les relations entre européens et chinois, avec une approche qui va trancher vis-à-vis de celle de ses devanciers. La querelle des rites qui, au premier abord, semble être théologique, vire très rapidement à un choc culturel. Le comportement sage et avisé des jésuites dans ce qui, progressivement, est devenu une controverse, participera au travers de Matteo Ricci à la véritable rencontre entre l'Orient et l'Occident.
La controverse au sujet des rites chinois tourne d'abord autour de l'appellation de Dieu. Avec la prudence qui aurait dû être requise pour pareille entreprise, il y'a lieu de s'interroger si les missionnaires occidentaux avaient tant à s'occuper de la question de l'appellation de Dieu en chinois, eux qui, compte tenu de leurs limites, ne maîtrisaient ni la langue, ni le génie du parler chinois. Malheureusement, leur agitation aboutira à la constitution Ex illa die de Clément XI du 19 mars 1715 qui décide que T'ien-tchou et no Chang-ti est la seule expression chinoise susceptible d'exprimer correctement l'idée de Dieu. A ce problème fondamental s'ajoutent d'autres us et coutumes chinois qui n'ont pas finalement été compris par la position officielle adoptée par la majorité des missionnaires soutenue par les autorités vaticanes: les rites aux parents défunts, les génuflexions et les inclinaisons de tête devant la tablette de l'empereur, de même que les génuflexions devant la tablette de Confucius considéré comme un dieu par les chinois. Ce que ces missionnaires ignorent, c'est la notoriété et la sacralité de Confucius dans la société chinoise. Le respect que les chinois témoignent à Confucius à travers sa tablette qu'ils vénèrent, date de fort longtemps. La vénération dont il est l'objet a pour point de départ le respect intime que professent pour lui les lettrés chinois. Ils l'appellent en effet " Roi sans royaume", reconnaissant par là la mission souveraine que ce Ma&