un jeune animal affolé tourne sur lui-même. Son front se plisse, ses dents grincent, ses yeux chavirent. Grr! Aïe! Que devient le territoire qu'occupa sa compagnie? Il le connut couvert d'arbres et de fleurs alors que celui qui s'offre à sa vue se montre dramatique, brûlé, noirci, déserté par la vie, et, pour une partie, plongé dans un gouffre démesuré. Où se cachent-ils? L'endroit où les hominidés de ses familles se regroupaient demeure invisible. À son emplacement subsiste ce précipice menaçant qui s'étend alentour, grand ouvert, comme pour engloutir les derniers survivants. Des rochers, qui entraînent des troncs calcinés, s'écroulent toujours, avec grand fracas.Comment ce jeune individu, désorienté, peut-il rattacher son mince passé à ce vide incommensurable? Celui-ci a-t-il définitivement pris la place de la bienfaisante forêt dont il se souvient? L'adolescent, contraint à revenir pour rechercher les siens, chancelle sur les bords de la faille qui résulte de la catastrophe. Il frissonne à l'évocation du désastre dont la pensée récente ne s'est pas encore évanouie. De formidables déflagrations, aussitôt suivis de monstrueux tremblements du sol, causèrent grand désarroi chez tous les habitants du lieu. Le relief proche, au sommet duquel existe un orifice qui projette fréquemment des rocs, s'est mis à gronder. D'autres, bien qu'éloignés, se firent entendre et les colères des géants s'associèrent au vacarme assourdissant provoqué par un orage avare de pluie. Lors de ce terrible évènement, se sublimant dans cette circonstance exceptionnelle ou sous l'effet d'une peur incommensurable, son corps se raidit brutalement. Quittant la marche à quatre pattes, le jeune se redressa. Ce fut après avoir essayé de porter secours à celle qui lui donna son lait. Elle tomba irrémédiablement dans la crevasse, qui venait de s'ouvrir sous l'arbre où tous les deux s'étaient retrouvés pour cueillir leurs fruits préférés. Par miracle, le tronc en équilibre instable était demeuré accroché un moment avant de s'effondrer à son tour; ce court laps de temps lui sauva la vie. Le pauvre ressentit un grand sentiment de désespoir quand le vieux compagnon de sa mère disparut, sous ses yeux, dans une avalanche de cailloux et de terre, ceux-ci tentèrent d'assurer de l'aide. Un silence inattendu, tragique, aussi hostile que la fureur des éléments, glaça le jeune. Il entrevit des frères et soeurs et plusieurs de ses proches qui se trouvaient transportés, comme des fétus de paille, sur l'autre rive de la brèche qui s'éloignait sans se désagréger. Il aurait voulu les rejoindre. Cependant, le mâle dut s'écarter dès l'instant où, pour compléter le dramatique évènement, les dernières frondaisons qui subsistaient sur l'aire délaissée par le cataclysme s'enflammèrent. Gémissants de terreur, ceux du troupeau qui échappèrent à ce grave péril détalèrent dans une terrible débandade. La peur les portait loin de cet immense piège mortel qui prit bien des leurs. Lui accompagna le mouvement initié par la masse, comme ses réflexes l'y obligeaient. La poussière, combinée à la fumée, l'aveugla pendant une longue période. En réaction de ce qu'il subit, le héros conserva un maintien vertical, les deux pieds fermement plantés sur le sol en résistant fièrement à une douleur intense au cou et dans le dos. Ses mains libérées l'encombraient bien un peu, mais il les voyait sous un angle différent! Le calme revenu, les survivants se regroupèrent dans un espace relativement épargné. Dès le moment où les familles se sentirent hors d'atteinte, elles se resserrèrent. Le jeune ne retrouva aucun rescapé chez les siens, cette absence lui interdit de trouver le chaleureux réconfort habituel. Personne ne dormit pendant la nuit durant laquelle, fort heureusement, une lune généreuse éclairait les environs. Facilement redressé sur ses pattes de derrière, il le démontra fièr